Les scientifiques ont découvert pourquoi le méthane a connu une hausse spectaculaire dans l’atmosphère en 2020
Les fortes augmentations de ce gaz à effet de serre très puissant sont liées à la baisse de la pollution de l’air et à la progression des émissions des zones humides. Deux causes qui risquent d’aggraver encore le dérèglement climatique. C’était un mystère qui avait animé les débats scientifiques et suscité une inquiétude sur le front de la lutte contre la crise climatique. En 2020, les concentrations de méthane, un gaz à effet de serre très puissant, ont connu une hausse spectaculaire (+ 50 % par rapport à 2019), alors la plus importante jamais enregistrée depuis le début des mesures atmosphériques, il y a près de quarante ans. Un bond inattendu alors que les activités humaines étaient fortement limitées par les confinements liés à la pandémie de Covid-19. Une équipe de chercheurs français, chinois et américains a résolu l’énigme.
Leurs résultats, publiés dans Nature mercredi 14 décembre, soulignent deux raisons majeures, liées à la baisse de la pollution de l’air et à l’augmentation des émissions de méthane des zones humides sous l’effet du réchauffement. Deux causes qui risquent d’aggraver encore le dérèglement climatique, dans une forme d’emballement.
Le méthane, deuxième gaz à effet de serre après le dioxyde de carbone, a un potentiel de réchauffement bien plus élevé que celui du CO2 : 28 fois plus à un horizon de cent ans et 82 fois plus sur vingt ans. Il est responsable de 30 % du réchauffement climatique depuis l’ère préindustrielle, et ses émissions ont fortement augmenté ces dernières années, pour atteindre environ 600 millions de tonnes par an.
Elles proviennent à 60 % des activités humaines (agriculture, énergies fossiles et déchets) et à 40 % des sources naturelles (zones humides, etc.), « où des micro-organismes produisent du méthane pour se nourrir, dans des zones saturées en eau et sans oxygène », rappelle Marielle Saunois, chercheuse au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) et l’une des autrices de l’étude. La myriade et la diversité des sources individuelles rendent l’évaluation des émissions de méthane plus complexe que celle de CO2.
Emissions naturelles plus importantes
A partir de l’examen des inventaires d’émissions, de modèles numériques et de mesures de concentrations atmosphériques, les scientifiques ont montré que la moitié de la hausse du méthane en 2020 par rapport à 2019 s’explique par des émissions naturelles plus importantes, notamment dans l’hémisphère Nord (tropiques, régions boréales et Sibérie), provenant principalement des zones humides (marécages, tourbières, etc.). « Les micro-organismes produisent plus de méthane dans un climat plus chaud et plus humide, ce que l’on a observé en 2020 », précise Marielle Saunois.
Les régions arctiques, dont le pergélisol (les sols gelés en permanence) renferme beaucoup de méthane, ont pu en relarguer aussi davantage sous l’effet du réchauffement, mais ce phénomène n’a joué qu’à la marge. « On est loin d’une bombe à méthane, comme on pouvait le craindre avant », assure Philippe Ciais, également auteur de l’étude et climatologue au LSCE.

















