Les tarifs de l’hôtellerie ont flambé en 2022, sur fond de rattrapage du manque à gagner des années Covid
Dopés par l’inflation, une hausse de salaires et le retour des touristes, le prix des chambres d’hôtel s’est accru, poussant une partie de la clientèle à modifier ses comportements.
Si vous séjournez à l’hôtel pendant les vacances de Noël, cela ne pourra pas vous échapper : la facture vous paraîtra particulièrement salée. Les tarifs dans l’hôtellerie ont connu, depuis janvier, des hausses spectaculaires. Le prix moyen d’une chambre atteint 107 euros en 2022, un chiffre supérieur de 27 % à celui constaté pendant l’année 2021, selon les derniers chiffres du cabinet MKG, qui agrège les données du secteur hôtelier français.
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Si cette hausse concerne toutes les catégories, l’augmentation est encore plus franche dans le haut de gamme et le luxe. Une autre tendance se dégage : c’est à Paris que les prix ont le plus flambé, avec des tarifs supérieurs de 42 % par rapport à 2021. Dans la capitale, il faut compter 148 euros en moyenne par nuit. A contrario, les hôtels en province n’ont augmenté « que » de 13 % en un an.
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Pour les patrons d’hôtel, cette poussée tarifaire est avant tout une manière de rattraper le manque à gagner des années de pandémie de Covid-19. « Il y a dans le secteur une volonté de redégager des marges de manœuvre après deux années médiocres », observe Stéphane Durand, directeur du cabinet Voltere, spécialisé dans l’hôtellerie. Confrontés à la disparition d’une grosse partie de leur clientèle en 2020 et 2021, les hôteliers avaient largement baissé les prix des chambres pendant ces années de vaches maigres.
Appétit de vacances
Reste que si on compare à 2019, avant la pandémie, les tarifs ont tout de même augmenté de 13 %, soit deux fois plus que l’inflation sur la même période. Les meublés touristiques suivent la même tendance : le tarif journalier d’une location meublée sur le site Airbnb s’est accru de 28 % depuis novembre 2019, selon les données du cabinet AirDNA.
Si les hôtels ont pu doper leurs tarifs cette année, c’est parce que les clients sont de retour, notamment les touristes européens et les Américains, attirés par le taux de change avantageux. Certes, les carnets de réservations n’ont pas tout à fait retrouvé leurs niveaux de 2019. Mais, à Paris, les hôtels, presque vides en 2021, enregistrent tout de même des taux d’occupation de 75 % (contre 35 % en 2021 et 81 % en 2019), selon les données MKG. Les hôteliers aiment parler de « revenge travel », cet appétit de vacances et de déplacements après des années de restrictions.
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Les voyageurs d’affaires, avec la reprise des congrès et des salons, ont aussi contribué à remplir de nouveau les chambres, même si une partie de cette clientèle s’est volatilisée. « Le tourisme d’affaires change. Les gens voyagent moins, mais plus longtemps, et combinent travail et week-end plus facilement, explique Vanguelis Panayotis, du cabinet MKG. On estime que 15 % de ce segment a disparu avec les nouveaux usages post-Covid, et ne reviendra probablement pas. »
L’inflation tarifaire s’explique également par une légère amélioration des conditions salariales : une concession du patronat, alarmé par les difficultés de recrutement dans ce secteur. « Depuis le Covid, comme de nombreux travailleurs saisonniers ont quitté ce milieu. C’est devenu particulièrement difficile de recruter, ce qui nous amène à augmenter les salaires, pour attirer les bons profils », confirme Nicolas Chatillon, directeur du groupe d’hôtels Les Etincelles, dont les établissements sont situés dans des stations de ski. Un accord, qui concerne tout le secteur de l’hôtellerie et de la restauration, est entré en vigueur au 1er avril. Il a permis une hausse de 16 % de l’ensemble de la grille – un autre palier est prévu en 2023.

















